En Corse, on transforme l’huile usagée en savon !

Le 24/11/2020
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Fabriquer du savon avec des huiles alimentaires usagées, quelle drôle d’idée ! Et pourtant c’est possible et ça se passe chez nous en Corse, du côté de Bastia chez Centrale Corse Bio et aussi un petit peu en Costa Verde. Zoom sur une initiative locale innovante, menée en partenariat avec la Communauté de Communes de la Costa Verde.

Philippe Salvi et Jean-Marie Rousseau, respectivement chercheur et pharmacien biologiste, ont développé une technique unique en Europe pour transformer de l’huile alimentaire usagée en détergent. Ils souhaitent aujourd’hui la faire connaître et partager au-delà des frontières de notre île.

Epistémologiste et anciennement directeur de recherches au Canada, Philippe Salvi a mené des travaux de recherche pour la création de biodiesel à partir d’huiles usagées. De retour en Corse en 2016, il cherche le moyen de développer cette activité avec son ami biologiste Jean-Marie Rousseau. Freiné par la législation de l’époque, ce projet tombe à l’eau mais va ouvrir la porte à d’autres idées tout aussi vertueuses pour l’environnement.

  • La naissance d’une activité économique et écologique

Fort de son expérience passée en matière de recyclage des huiles, Philippe Salvi se lance dans un nouveau projet. A l’origine, deux constats. D’une part, le système de collecte des huiles usagées des professionnels de restauration n’est pas parfaitement au point. Résultat : plusieurs milliers de litres d’huiles de friture sont jetés dans la nature ou dans les égouts.
D’autre part, il n’existe pas de solution de traitement des polyphosphates (composants des détergents et notamment ceux des bateaux) en Corse. Ceux-ci se déversent directement dans la mer et détruisent les fonds marins.
Ce qui s’avérait être au départ une catastrophe écologique devient vite une aubaine pour cet érudit, qui ne veut pas laisser passer son rêve d’agir pour l’environnement Corse. Il imagine alors un produit détergent écologique, fabriqué à base d’huiles usagées et qui pourrait être utilisé à la place des produits contenant des polyphosphates.  

« Après deux ans de recherches, nous sommes parvenus avec Jean-Marie Rousseau, à développer une technique de dépollution totale des huiles alimentaires. Nous sommes aujourd’hui les seuls en Europe à mettre en œuvre ce procédé. Depuis 2018, nous transformons ainsi les huiles alimentaires en les dégraissant. Nous y ajoutons des produits moussants bio et des huiles essentielles pour le parfum » explique Philippe Salvi.

  • Créer des partenariats et trouver des soutiens

Le processus élaboré, il ne restait plus qu’à trouver des partenaires et une source d’alimentation en matière première, c’est-à-dire des huiles usagées à transformer.

Philippe Salvi se met en quête d’une structure sensibilisée aux enjeux du terrain et rencontre l’oreille attentive de la Communauté de Communes de la Costa Verde. Cette dernière, particulièrement engagée dans une gestion éco-responsable de ses déchets, se montre très intéressée par le projet.

 « Nous avions une véritable problématique sur notre territoire touristique pour la gestion des huiles usagées des restaurateurs. Philippe nous a apporté une réponse précise et efficiente » témoigne Serge Bereni, en charge des déchets et de l’écologie au sein de la collectivité, qui poursuit « Aujourd’hui, il récupère les huiles de nos restaurateurs et les transforme en détergents. En retour nous lui achetons des produits nettoyants pour notre flotte de véhicules et nos locaux ».

Au-delà de l’appui technique et du soutien qu’il a trouvé en Costa Verde, c’est un véritable partenariat d’économie circulaire qui a vu le jour entre la jeune entreprise et la collectivité. « Dès que la situation sanitaire le permettra, nous avons prévu d’organiser des rencontres entre Philippe et l’ensemble des hôteliers et restaurateurs de notre territoire pour leur présenter les produits et les inciter à les utiliser » précise Serge Bereni.  La Communauté de communes de la Costa Verde envisage aussi d’équiper tous les bateaux du port de Taverna des produits issus de l’entreprise Centrale bio Corse.

Philippe Salvi devant sa machine à filtrer.
Philippe Salvi dans son atelier.
Philippe Salvi et Serge Bereni avec des flacons de détergent à la main.
Philippe Salvi et Serge Bereni.
  • La qualité environnementale avant tout

L’Entreprise Centrale Corse Bio de Philippe Salvi et Jean-Marie Rousseau propose aujourd’hui une gamme d’une quinzaine de produits dégraissants destinés aux professionnels. Des nettoyants et « super-nettoyants » pour les restaurateurs, garages, l’industrie et le nettoyage des bateaux. 
Leurs détergents ne contiennent que des composants naturels qui n’ont pas d’impact sur l’environnement. Aujourd’hui, ils disposent d’une centaine de clients et espèrent bientôt conquérir le marché des collectivités publiques mais pas seulement.

Flacons de savon.
  • L’avenir se construit autour de nouveaux projets et collaborations

« Notre technique désormais éprouvée, nous souhaitons la diffuser au plus grand nombre. Depuis quelques mois, nous multiplions les contacts avec des industriels sur le continent. Nous sommes également à la recherche de nouveaux partenariats afin de réussir à dupliquer notre modèle insulaire à d’autres régions », confie Philippe Salvi avec un certain enthousiasme.

D’ailleurs de l’enthousiasme il n’en manque pas pour l’avenir. En effet, il ne compte pas s’arrêter là dans sa démarche d’innovation. Plusieurs projets sont toujours en cours de développement dans son laboratoire Bastiais, et dans un avenir proche, il espère même pouvoir développer un biodiesel 100 % local. « Ce qui m’anime, c’est de transformer les déchets en produits vertueux, qui ne nuisent ni à la planète, ni à la santé ». Nous attendons avec impatience la suite ….