SYVADEC, syndicat de valorisation des déchets en Corse

Interview : La CC Castagniccia-Casinca partage son expérience dans la collecte des biodéchets

Le 16 mars 2017, la CC Castagniccia- Casinca s’est lancée dans la collecte des biodéchets au porte à porte. Aurélie de Peretti, du service déchets répond à nos questions et partage son expérience :


La CC Castagniccia- Casinca s’est engagée dans la collecte séparée des biodéchets, qu’est ce qui a motivé ce projet ?

Interview : La CC Castagniccia-Casinca partage son expérience dans la collecte des biodéchets
Il est né d’une volonté à la fois économique et citoyenne. La CC Castagniccia- Casinca consciente des enjeux insulaires en matière de réduction des déchets s’est lancée dans la collecte des biodéchets pour deux raisons :

-La première : réduire les tonnages destinés à l’enfouissement. Lorsque l’on sait que ce sont les biodéchets qui sont principalement responsable des nuisances induites par les CET nous avions un devoir citoyen à ce niveau. 

- La seconde : en réduisant notre production de biodéchets nous réduisons également les coûts liés au traitement de nos déchets puisque le SYVADEC applique une redevance incitative auprès de ses collectivités adhérente. C’est-à-dire que les collectivités adhérentes payent une redevance calculée au prorata des tonnages enfouis. Le traitement du tri sélectif est quant à lui gratuit pour les collectivités.

Comment avez-vous construit ce projet ? Depuis combien de temps travaillez-vous dessus ?

Nous avons commencé à travailler sur ce projet en juin 2016. Il a fallu procéder par étape puisque nous partions de zéro.
  • Etape 1 : Nous avons recruté des ambassadeurs du tri qui sont allés sur le terrain à la rencontre des professionnels afin de les sensibiliser et de les éduquer à cette nouvelle pratique.
  • Etape 2 : Une fois ce recensement effectué, il s’agissait ensuite de commander le matériel permettant d’équiper les établissements participants : des bacs de collecte spécifiques, des bio-seaux et des sacs biodégradables. Cette étape fut probablement la plus longue à cause des délais de livraison.
  • Etape 3 : Elle a consisté en la réalisation d’outils et supports de communication, avec l’appui du SYVADEC.
  • Etape 4 : L’ultime action était de construire un quai de lavage pour les camions de collecte, puisqu’aucune station-service du territoire n’a été dans la possibilité de nous accueillir.
 
Au cours de la mise en place du projet, nous avons contacté la CC Calvi-Balagne qui a mis en place depuis l’été dernier une collecte séparative avec succès sur son territoire. Ce retour d’expérience a été très enrichissant. De plus il est vrai que l’engagement du SYVADEC dans le traitement des biodéchets avec la mise à disposition de plateformes de compostage a aussi constitué un facteur encourageant. 

Qui sont les producteurs que vous collectez ?

Pour des raisons stratégiques, nous avons fait le choix d’une collecte sélective des biodéchets auprès des gros producteurs uniquement. Nous collectons donc des restaurateurs, des grandes surfaces, des cantines scolaires, une jardinerie et un grossiste de fruits et légumes.  Avec l’arrivée de l’été et des établissements saisonniers, la liste promet de s’agrandir. 

Comment organisez-vous la collecte ?

En amont nous avons équipé gratuitement tous les établissements volontaires avec des bacs spécifiques, des bio-seaux et des sacs biodégradables. Pour la collecte des biodéchets nous utilisons un camion de collecte du tri sélectif qui est lessivé après chaque passage. Nos deux agents effectuent deux passages par semaine, en hiver et trois en été. A noter : la compacteuse du camion est finalement aussi adaptée à la collecte des biodéchets

700 kg de biodéchets collectés dès la première semaine de lancement, un chiffre encourageant ?

Au lancement du projet nous ne nous étions pas fixé d’objectif particulier. Notre but était surtout d’encourager les gros producteurs à adhérer à la démarche. Avec un tel résultat on peut en effet dire que nous sommes sur la bonne voie d’autant plus que ce chiffre est constant. Même s’il reste quelques réfractaires, je pense que ce n’est qu’une question de temps pour que la totalité des professionnels s’engagent dans le tri de leurs biodéchets. De plus, nous travaillons à la mise en place d’une fiscalité incitative, qui fera forcément pencher la balance en faveur de tri. 

Et du côté de l’investissement ?

Pour la mise en place de la collecte, nous avons investi en tout 40 000 €. Nous avons fait le choix de ne pas faire de demande de financement afin de mettre en place les choses très rapidement et sans perdre de temps. Il y aura de toute façon un retour sur investissement puisque en réduisant nos déchets destinés à l’enfouissement nous réduirons évidemment les coûts de traitement. 

Quels sont les retours des professionnels vis-à-vis de l’application de cette nouvelle norme ?

Globalement nous avons des retours très positifs, en particulier de la part des cantines scolaires. Les élèves jouent facilement le jeu et l’organisation générale des services de cantine n’a pas réellement été impactée. Du côté des restaurateurs aussi, nous avons de bons résultats mêmes s’il reste encore quelques rares récalcitrants. C’est justement à ce niveau que les ambassadeurs du tri interviennent, leur aide est précieuse pour accompagner et suivre le projet dans sa mise œuvre quotidienne. 

Quels enseignements avez-vous tiré de la mise en œuvre de ce projet ?

La mise en place de la collecte sélective des biodéchets est un grand projet qu’il faut bien préparer en amont sachant qu’il est assez difficile de tout prévoir. Chaque territoire possède ses spécificités, il convient donc à chacun d’établir sa propre méthode.